Seulement les éléphants

de Jacques Mérienne


Une adaptation libre, pour le théâtre burlesque, de " LA TENTATION DE JESUS AU DESERT ".

Tout en chantant des airs d'opéra sous la douche, un homme s'interroge sur le sens de son existence... Lui vient une idée : grimper sur un éléphant. Ne reculant aucunement devant l'étrangeté du propos, il rencontre un homosexuel italophobe et trouve un pachyderme émotif (dans lequel une grand-mère mordue de tango et d'amours passionnées pédale).

À travers une farce philosophique résolument originale et jubilatoire, l'auteur nous fait découvrir un univers bien à lui peuplé de personnages tout à la fois extravagants et attachants. La mise en oeuvre théâtrale se fait invisible pour mieux laisser surgir des personnages ciselés, poncés, polis. Elle offre un vrai spectacle en forme d'aventure, tout en sillonnant du burlesque à l'absurde.


Cette " tentation " figure dans trois évangiles : après son baptême par Jean-Baptiste, Jésus est poussé par l'Esprit au désert pour y être tenté. Un face à face entre le démon et Jésus. Là se fonde le personnage de Jésus : homme et Dieu sans que l'un ne domine l'autre.


La pièce s'écarte de toute considération religieuse. Elle s'intéresse à la dimension dramatique de cet épisode mythique : comment réagit l'homme quand il n'a pour seuls interlocuteurs que celui qui lui veut du mal et celui qui lui veut du bien ? Surtout quand ce mal et ce bien sont interchangeables, comme ils le sont dans le langage.


Dans le théâtre, de tels dilemmes sont pris en charge soit par la tragédie, soit par la farce : les clowns ont la même évidence que les héros, et la même naïveté. Par contre le langage n'est pas leur élément naturel, ils s'y aventurent comme dans le désert. Ils parlent avec des mots récupérés de tous les jours et de tout le monde, des mots dont on croit qu'ils ont toujours le même sens pour tout le monde, et lorsqu'ils essayent de penser, c'est avec des citations sophistiquées brutes de décoffrage, dont on croit qu'elles ont du sens indépendamment de celui qui les dit.


Dans le désert du langage, la tentation n'est plus une question de morale. Elle déconstruit l'harmonie de l'homme, qui s'en sort en riant. Après tout, le rire est le propre de l'homme, il exprime son innocence en se jouant des divagations du langage.


Dans la culture médiévale, l'éléphant représente l'innocence, on le prenait pour un animal aquatique et à ce titre il était un des symboles du baptême (l'eau du baptême). Jésus est conduit au désert après son baptême dans le Jourdain : ce baptême est ce qui lui permet de vaincre le Satan. Enfin l'image de l'éléphant, brodée sur les vêtements, protégeait de la luxure. Toujours ça de gagné !



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